Qu’il s’agisse de vos amis ou de votre famille, on vous a sûrement déjà fait la remarque que vous êtes « un esclave du travail », « un bourreau de travail » ou encore un accro au travail.

 Au départ, ce type de remarques vous a peut-être fait sourire, voire rendu fier parce que vous vous disiez que vous êtiez un gros travailleur, et que grâce à cela, vous alliez réussir et être socialement reconnu.

 Mais en y réfléchissant bien, à côté de cette passion dévorante pour votre travail, prenez-vous encore du temps avec votre famille, vos amis ? Avez-vous des occupations, des hobbies ? Si la réponse à ces questions est non, c’est sûrement que vous êtes déjà sur le chemin de la dépendance au travail… Et peut-être même que vous êtes déjà un « workaholique » : une étude réalisée aux Etats-Unis, et citée dans un ouvrage de B. Robinson¹, montre que 25% à 30% de la population Américaine serait déjà dépendante au travail.

Le workaholisme… Une nouvelle drogue?

Le « workaholisme » (terme utilisé pour la première fois en 1971 par Woates dans un ouvrage devenu célèbre²) est le terme le plus communément employé pour parler de la  dépendance au travail.

Cette dépendance fait partie des addictions « sans drogue ». En tant que telle, elle est généralement bien acceptée par notre société car elle est assimilée à une vie sociale réussie ainsi qu’à une personnalité volontaire, engagée, motivée et investie dans des activités valorisantes. 

Cependant, autant être un gros travailleur peut, il est vrai, permettre une réussite et un épanouissement individuel, familial et professionnel, autant l’addiction au travail, elle, peut avoir des conséquences graves tant sur le plan individuel que familial et social.

La différence entre le workaholique et le gros travailleur 

 

Dans un article pour la Revue Médicale de Liège paru en 2013, le Professeur A.J..Scheen, chef de service au CHU de Liège, propose une définition de l’addiction au travail « comme un investissement excessif dans les activités professionnelles s’accompagnant d’une présence abusive sur le lieu du travail et/ou de la recherche frénétique de la performance ou de la productivité, à l’origine d’une négligence  ou d’un désintérêt pour les autres domaines de la vie et pouvant conduire à des répercussions physique et psychologique culminant dans un stade d’épuisement professionnel (« burn-out. ») »

Dans cette définition, nous constatons que malheureusement la dépendance au travail laisse peu de place à l’épanouissement personnel et présage d’un risque de conséquences tant physiques que psychiques : la santé mentale peut en être affectée, avec des risques de transformations somatiques, voire de dépressions.

 

Les caractéristiques des personnes addictes au travail 

 

3 caractéristiques émergent chez l’addict au travail :

  1. Il travaille énormément, consacrant la plupart de son temps et de son énergie à son activité professionnelle ;
  2. Il ne le fait pas par obligation de l’un de ses supérieurs ou parce qu’il a besoin d’argent, mais plutôt suite à une motivation interne, une conviction, une vocation ;
  3. Il ne prend pas (ou plus) plaisir à travailler, l’enthousiasme ayant laissé la place à une véritable addiction dont il se sent prisonnier (« esclave du travail ») au détriment de toute autre activité.

 

Comment savoir si je suis juste un gros travailleur ou si je suis déjà un workaholique?

Une des différences entre le « workaholique » et le gros travailleur, c’est que ce dernier passera beaucoup de temps à son travail, mais que cela se fera toujours en fonction d’un besoin clairement identifié et/ou pour une période déterminée. Lorsque le « gros travailleur » quitte son travail, il est toujours capable de se déconnecter et de prendre du temps pour lui et/ou pour sa famille.

Il sera également être capable de se ressourcer et il continuera à aimer son travail contrairement au workaholique.

Quelques traits de personnalité qui peuvent favoriser le workaholisme : 

  • Manque de confiance et d’estime de soi et donc un grand besoin de reconnaissance
  • Personnalité obsessionnelle et perfectionniste
  • Syndrome de l’imposteur
  • Hyperperfectionisme
  • Peur de mal faire, difficultés à déléguer…

Êtes-vous workaholique?

Quels sont les impacts sur la vie des workaholiques ?

  1. Les répercussions individuelles

Les personnes addictes au travail sont souvent sujettes  a un stress chronique ayant pour conséquences :

  • Des troubles cognitifs : une diminution de l’attention, de la concentration, une gestion émotionnelle moins adaptée. D’où un sentiment de dévalorisation, des ressentis dévalorisants tels que : « j’ai l’impression de tout oublier, de devenir bête », « je ne suis plus bon à rien », « je suis incapable de… », etc.
  • Des troubles comportementaux avec impulsivité, réactivité et agressivité envers les autres à la moindre sollicitation…
  • Des troubles somatiques (maux de têtes, troubles digestifs, voire problèmes cardiaques)

Très souvent, si un workaholique ne met pas rapidement des actions en place pour endiguer la spirale négative, il peut rapidement basculer dans un burn-out.

  1. Les répercussions familiales du workaholisme

Le surinvestissement dans le travail fait que l’individu (comme dans toute addiction) va progressivement se désintéresser de sa vie familiale et sociale.

Son instabilité émotionnelle, sa tendance à l’irritabilité et à l’agressivité vont provoquer de nombreuses discordes au sein du couple.

D’autant plus que souvent, le sujet workaholique aura tendance à se montrer aussi exigeant et perfectionnisme pour lui-même que pour les autres, ce qui renforce les tensions sur le cercle familial.

  1. Les répercussions professionnelles pour les workaholiques

Si vous êtes workaholique, dans un premier temps, votre investissement sera bien vu par vos collègues, ainsi que par votre patron. Mais très vite, vous allez vous renfermer, vous aurez du mal à faire confiance à vos collègues, à déléguer certaines tâches, ce qui entrainera rapidement des conflits avec les autres .

A la longue, de par une trop grande fatigue, vous rentrerez progressivement dans un burn-out qui vous rendra moins efficace et moins performant dans votre travail.

Que faire face au workaholisme ?

1. Êtes-vous workaholique?

Tout d’abord, il faut reconnaitre que l’on est workaddict. (faites le test « Work Addiction Risk Test » à titre indicatif et n’hésitez pas à faire appel à un professionnel.)

Souvent, au départ, vous aurez tendance à être dans le déni. Les collègues et la famille pourront alors être d’une grande aide pour vous encourager et vous accompagner dans votre démarche.

  1. La gestion du stress, le lâcher prise.

    – Le travail sur l’estime de soi (être reconnu par soi-même, reconnaitre ses propres qualités et non plus exister qu’au travers du travail et/ou par le travail.

    – Se reconnecter à nos propres richesses.

  2. La gestion du temps de travail

    Dans les addictions avec des drogues, le premier objectif est d’éliminer la drogue, la substance causant l’addiction. Dans le cadre de la dépendance au travail, il est clair que nous ne pouvons pas supprimer le travail. Il va donc falloir créer de nouvelles habitudes comportementales pour que le travail prenne moins de place dans notre vie :

 

  • Structurer le temps passé au travail, mettre une heure de départ et une heure de retour de manière stricte.
  • Apprendre à déléguer, demander de l’aide si nécessaire.
  • S’organiser afin de ne plus faire 36 choses en même temps (manger, répondre au téléphone, lire un dossier, le tout en même temps).

Attention: scinder les taches ne signifie pas ne pas être polyvalent.

  • Réfléchir avant de s’engager dans certaines tâches. Posez-vous distinctement la question : ais-je encore suffisamment de temps à ma disposition pour me rajouter une tâche supplémentaire?
  • Apprendre à mieux gérer l’hyper-connectivité. Remettre une frontière claire entre la vie privée et la vie professionnelle.
  • Planifier une journée par semaine pour faire une activité en famille, entre amis… Cela va vous permettre de vous ressourcer , de prendre de la distance et de revenir le lendemain avec un autre état d’esprit qui ne fera qu’augmenter votre efficacité.

 

Il est donc important de comprendre que l’on peut se débarrasser de  la dépendance au travail tout en restant productif et performant et sans pour autant en passer par une rupture brutale et totale avec la vie professionnelle.

La rémission passera alors par une prise en charge cognitivo-comportemental e qui va vous permettre de modifier votre comportement face au travail et de modifier vos distorsions cognitives de la perception que vous avez de vous-même comme la faible estime de soi.

 

Alors qu’attendons-nous pour être performants dans le travail tout en restant heureux et épanouis ?

¹ : « Chained to the desk : a guidebook for workaholics, their partners and children and the clinician who treat them. » New York, 1998

² : Oates W.— Confessions of a workaholic : the facts about work addiction. New York, New York World Pub Co. 1971